Charlotte Gainsbourg en couv de Elle : Rock Around Charlotte

Retrouvez Charlotte Gainsbourg en couverture de Elle du 27 novembre 2009. Interview de Florence Tredez et magnifiques photos David Vasiljevic.
2€ en kiosque

Le bonheur lui va si bien ! Sur son deuxième album, « IRM », composé avec Beck, Charlotte Gainsbourg oublie ses doutes et se révèle touchante, drôle et magique… Rencontre avec une femme plus libre que jamais.

Elle débarque au studio photo où se déroule le shooting ELLE, ses habituelles boots aux pieds, une vieille veste en laine noire sur le dos, un Balenciaga au bras, pas maquillée, souriante. Une fille d’une douceur rare, qui, malgré l’épuisement du jet lag d’un voyage en Australie, où elle a tourné « L’Arbre », de Julie Bertucelli, prend le temps de saluer tout le monde avec la délicatesse qui la caractérise. Si Charlotte Gainsbourg, 38 ans, prix d’interprétation féminine à Cannes pour « Antichrist », de Lars Von Trier, n’arrête pas de travailler, elle le fait en éternelle débutante, assaillie d’anxiété, de ces doutes sur soi qui jalonnent une vie d’artiste. A chaque fois, pourtant, une étape est franchie. Sur « IRM » (1), le nouveau CD très attendu et touchant que le chanteur et auteur-compositeur américain Beck lui a taillé sur mesure, elle ose chanter plus franchement, mêler sa voix fragile à des sons expérimentaux et clore cet album presque entièrement en anglais par un poème d’Apollinaire, elle qui renâclait à utiliser le français par peur des comparaisons avec l’univers paternel. Effrayée jusque-là par la scène, Charlotte donnera aussi pour la première fois des concerts. « IRM », l’album-vérité ?

ELLE. C’est le succès de votre album avec Air qui vous a convaincue d’en enregistrer un autre avec Beck ?
CHARLOTTE GAINSBOURG. A l’issue du précédent, je ne savais pas si j’allais refaire un album, si ce qui avait été pour moi un événement allait se reproduire. Et puis, la maison de disques m’a relancée et j’ai commencé à réfléchir. Beck est le premier nom qui m’est venu à l’esprit. J’admire son talent et j’ai adoré sa manière de travailler. Cet album-là, je l’ai fait en me sentant plus libre. Pour le premier, même si le studio me rappelait de très beaux souvenirs avec mon père, j’étais très angoissée à l’idée de ne pas être à la hauteur. Cette fois, même si j’étais hyper intimidée par Beck, je ne me suis pas cachée pour chanter. Quand j’étais derrière le micro, il sentait bien que je n’étais pas très à l’aise, il faisait des va-et-vient pour rendre ça banal.


ELLE. Comment se sont déroulées les séances en studio ?
C.G. On s’est vus pour une première séance de travail et on a essayé plein de directions musicales différentes. C’était une manière de s’amuser et j’avais aussi envie de jouer les étrangères en m’appropriant les références culturelles américaines de Beck. Il en résulte un album que j’espère très ouvert, enregistré dans la légèreté. On s’est servi de tous les « accidents » de studio. On entend ainsi la voix de ma fille sur un morceau, et mon fils, qui s’est mis spontanément à la batterie, joue sur un titre. Beck l’a enregistré à son insu en m’expliquant qu’aucun batteur professionnel ne pouvait restituer cette fraîcheur…

ELLE. « IRM » fait référence à votre accident cérébral…
C.G. C’est une des rares choses, avec des poèmes qui me sont chers et quelques thèmes de chansons, que j’ai apportée personnellement. Au début, quand je passais une IRM, le bruit de marteau des machines avait quelque chose d’effrayant, mais, peu à peu, je m’y suis habituée, et, à la fin, j’aimais bien ça. J’en ai passé une dizaine, c’est moi qui les réclamais ! Les médecins me disaient qu’il n’y avait aucune raison pour que mon cerveau soit touché, mais j’étais persuadée d’avoir des séquelles après l’opération. Il arrive à tout le monde d’avoir un mot sur le bout de la langue et de ne pas le trouver, mais, dès que ça m’arrivait, je paniquais. J’ai passé neuf mois d’angoisse et de parano. Et, chaque fois que j’allais faire une IRM, ça me rassurait car je n’avais rien. Je trouvais qu’il y avait quelque chose de musical dans ces sons. Pour les faire entendre à Beck, je lui ai montré un site qui prépare les patients aux IRM, pour qu’ils soient moins angoissés.

ELLE. Comment réagissait votre entourage à vos inquiétudes ?
C.G. Dès que j’évoquais un petit mal de tête, tout le monde était aux aguets. Et si quelqu’un d’autre avait la migraine, hop, l’idée d’aller faire une IRM nous venait à l’esprit…

ELLE. Vous allez monter sur scène pour la première fois…
C.G. J’ai envie de me lancer, alors je vais mettre de côté mes doutes et assumer. Pour le premier album, je ne me sentais pas vraiment prête. Là, j’ai envie d’essayer petit à petit. Le problème, c’est que je ne sais pas danser. Ou alors, très saoule. Et j’ai peur du ridicule. Mais je suis très excitée par cet album.

ELLE. Autre première, vous allez représenter le nouveau parfum Balenciaga…
C.G. J’étais très contente que ça finisse par arriver. Nicolas Ghesquière m’avait parlé de ce parfum, mais je n’étais plus si sûre qu’il me le proposerait. Je le connais depuis dix ans, j’adore son regard, j’ai déjà fait des pubs de mode pour lui, c’est une évolution que j’aime bien.

ELLE. Qu’a-t-il changé chez vous ?
C.G. Il m’a poussée dans une vision qu’il avait, mais je n’ai jamais eu le sentiment d’aller à l’encontre de ce qui me plaisait à moi. Il m’a appris à me montrer avec plaisir.

ELLE. Vous jouez également dans le film de Patrice Chéreau (2)…
C.G. Chéreau est un metteur en scène animal qui a une manière particulière de travailler. Il se place en éveil derrière la caméra, on joue pour lui plus que pour soi. C’est très enrichissant.

ELLE. Verrez-vous le film de Joann Sfar (3) sur votre père ?
C.G. Non, je suis sûre qu’il est très bien mais c’est trop intime. Au départ, j’étais impliquée, mais il y avait trop de choses concernant mon père qui arrivaient en même temps: le musée que je tentais de monter, l’exposition à la Cité de la musique, ce film… J’ai laissé tomber le projet d’un musée Gainsbourg, même si, bêtement, j’avais embarqué plein de gens dans l’aventure. J’avais besoin de prendre du recul, de penser un tout petit peu à moi. Je suis heureuse que mon père inspire tant de monde. Toutefois, je ne veux pas avoir d’obligations par rapport à ça. Je regrette que cela ne paraisse pas très généreux de ma part, mais je n’ai pas envie qu’on me parle de mon père tout le temps, il faut que je me protège. Je sais que ça fait dix-huit ans qu’il est mort, que les gens se disent que je n’ai pas fait beaucoup de chemin par rapport à sa disparition. Eh bien non, je n’ai pas fait beaucoup de chemin.

ELLE. Votre accident a-t-il provoqué une rupture dans votre vie ?
C.G. Oui, c’est un accident assez traumatisant, donc il y a plein de choses post-traumatiques qui arrivent. Moi, j’étais très, très fébrile. Je pense que le film de Lars Von Trier m’a beaucoup aidée. Me plonger dans une atmosphère si lourde m’a sortie de mes préoccupations. Faire semblant d’avoir peur m’a empêchée de me refermer sur moi-même.

ELLE. Etes-vous changée par toutes ces expériences ?
C.G. J’étais ennuyée de les faire subir aux enfants, à Yvan…

ELLE. … Yvan, qui a dit récemment : « Si elle me quitte, je la tue. »
C.G. J’aime bien ce côté passionnel, je trouve ça super. Personne n’a envie de train-train dans sa vie de couple, et ce n’est pas dans notre tempérament. Mais je suis superstitieuse, je n’aime pas dire que les choses vont bien entre nous.

(1) Sortie le 7 décembre (Because).
(2) « Persécution », sortie le 9 décembre.
(3) « Gainsbourg (vie héroïque) », sortie le 20 janvier 2010.

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Aurélie M

Je tweet, je blog, je tumblr, je facebook, je Google+ sur Charlotte et Serge Gainsbourg. Je me souviens être tombée sous le charme de Charlotte dans l’Effrontée, de fil en aiguille, j’ai ensuite développé une passion pour la musique de Serge. Qui j’aime le plus des deux ? Je ne saurais dire.

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