Le style Charlotte Gainsbourg

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Charlotte Gainsbourg sort un disque. Et il faut que ça se sache. Vingt ans exactement après la parution de son premier album – Charlotte Forever, enregistré dans les bras de son père, elle a alors 15 ans -, la fille de Jane Birkin et de Serge Gainsbourg revient à la musique, créant l’un des événements mode de la rentrée.

Une attitude, un trench, un coup de peigne et Charlotte Gainsbourg devient une icône cool.

Au centre d’une vaste campagne de promotion qui ne devrait pas s’arrêter qu’aux pays francophones (le disque est chanté en anglais), Charlotte Gainsbourg passe à la vitesse supérieure et tente d’imposer au plus grand nombre une aura déjà bien installée dans les milieux branchés. Attendu comme le must le plus chic de septembre, son disque s’intitule « 5:55 » et ne vend pas que de la musique. Il véhicule aussi et surtout une image, celle d’une jeune femme dans laquelle se reflètent les désirs des filles d’aujourd’hui.

Mère de famille, mariée (au comédien-réalisateur Yvan Attal), ex-fumeuse passée au patch, gourmande mais attentive à sa taille, en retard le matin et bloquée dans les embouteillages en accompagnant les enfants à l’école, Charlotte Gainsbourg a la tête du stress que toutes les femmes subissent aujourd’hui. Mais une attitude, un trench, un coup de peigne et surtout un métier qui permet de se projeter, et Charlotte devient, sans l’avoir vraiment cherché, un modèle de fille cool.

Découverte à 18 ans chez Antonioni dans Blow Up, film des années pop, Jane Birkin, la mère, était une égérie du Swinging London. Découverte à 13 ans dans Lemon Incest, chanson sirupeuse sur l’album Love On The Beat de Serge Gainsbourg, Charlotte, la fille, est une égérie de l’appartement d’à côté. Son glamour, c’est la revanche de la fille d’en face dont on croyait qu’elle n’avait rien ou si peu pour attirer le regard.

Deux fois révélée au cinéma par Claude Miller, en 1985 dans L’Effrontée et en 1989 dans La Petit Voleuse, Charlotte Gainsbourg a toujours été célèbre. On se souvient pourtant d’une enfant gênée par la lumière. Voir la scène du César du meilleur espoir féminin pour L’Effrontée qui semble être un moment de torture publique où elle remercie avec les gros sanglots d’une petite fille qui veut rentrer à la maison. On se souvient d’une gamine assommée de timidité qui donne l’impression d’être – ce qui est difficile à croire – contrainte de corps à s’exhiber publiquement.

On sait aussi combien la fierté de Serge Gainsbourg, alors en pleine gloire médiatique, comptait dans l’esprit de ses fans qui le découvrait en papa poule et, somme toute, à la fois ordinaire et sincère. Apparue sur le devant de la scène du jour au lendemain, Charlotte apparaît aussi avec ce handicap d’être la fille – adorée – de son père. Pourtant, dans l’écurie des jeunes pousses du business de l’époque, elle n’est ni Sophie Marceau, ni Elsa, ni Vanessa Paradis, gamines plus toniques et plus synchros avec leur corps.

Qu’est-ce qu’elle est mode!
Digne héritière de sa mère Jane Birkin qui, après être passée brièvement par le lamé sixties de Paco Rabanne, invente sa propre silhouette définitive et intouchable, Charlotte Gainsbourg, à son corps défendant, s’est imposée comme icône de la mode. Personne ne pouvait vraiment croire que de cette ado fagotée comme une ado, autant dire habillée de n’importe quoi n’importe comment, allait sortir une femme qui dicterait son style – entre bohème chic (héritage familial) et avant-garde fashion.

Charlotte Gainsbourg: « Je ne reprends pas l’héritage de mon père »
Avec son album « 5:55 », elle renoue avec ses racines anglaises et réunit autour d’elle un casting de rêve. Comme aurait dit Serge, « c’est pas dégueu… ».

« Vous allez voir, elle est intarissable! », avait garanti l’attachée de presse. Dans ce petit hôtel de Saint-Germain-des-Prés, l’horloge encourage pourtant plus les chuchotements que les grands développements. Mais la nounou du label disait vrai. Dès potron-minet, les paupières lestées par le sommeil, Charlotte Gainsbourg se révèle nettement plus volubile que l’adolescente prostrée de Lemon Incest.

Ce premier souvenir discographique vieux de vingt ans avait précédé l’album solo « Charlotte For Ever ». Puis plus grand-chose, juste quelques cacahuètes. Une apparition dans le What It Feels Like For A Girl de Madonna, deux titres pour Badly Drawn Boy et un duo avec Daho sur If.

« 5:55 » marque le retour à la course de fond. En onze étapes, parcourues en équipe. Si le terme n’était à ce point galvaudé, on parlerait même de dream team. Car, passé les suspicions sur l’actrice qui chante ou la fifille imitant papa Serge ou maman Jane (Birkin), ce qui éblouit dans « 5:55 », c’est le casting. Le duo versaillais Air aux compositions, Jarvis Cocker (ex-Pulp) et Neil Hannon (The Divine Comedy) à la plume, David Campbell (Beck senior) aux arrangements de cordes, Nigel Godrich (Radiohead, David Bowie, Paul McCartney) pour la production. Avec de tels parrains, il aurait vraiment fallu que Charlotte chante comme Régine pour planter l’album.

Ni artificiel, ni exceptionnel, « 5.55 » est la somme quasi mathématique de ces talents individuels. Un agglomérat de Serge Gainsbourg, de french touch et de swinging London dopé aux gimmicks reconnaissables entre mille. Five Fifty Five, la plage d’ouverture, pompe ainsi note pour note un tronçon de Je suis venu te dire que je m’en vais. Après s’être fait un prénom dans le cinéma, Charlotte Gainsbourg est venue dire qu’en musique aussi, elle pouvait exister.

La mise à nu qu’implique la sortie d’un album ne doit pas être évidente pour quelqu’un d’aussi sensible que vous?
Charlotte Gainsbourg. – C’est une période très étrange. Partager une création avec des gens est très excitant. J’ai envie de savoir ce qu’ils en pensent. En même temps, je dois parler d’un album avec lequel j’ai été très intime. Par exemple, les émissions de télé m’angoissent. Je n’ai jamais été très bavarde, je ne suis pas très à l’aise avec la parole. Je ne vais pas devenir loquace par magie. Tout l’aspect promotionnel me demande donc un effort. Même si, en définitive, c’est moins pénible que je ne l’imaginais. Je dois simplement voir jusqu’où je veux aller.

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