Les nuits botanique 2018 : Charlotte Gainsbourg entre ombres et néons aux Nuits

Les nuits botanique 2018 : Charlotte Gainsbourg entre ombres et néons aux Nuits

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Au cours d’une prestation électro minutée, la chanteuse et comédienne a rendu un bel hommage à sa demi-soeur Kate en ouverture du festival.

Par Luc Lorfèvre, Moustique, 26/04/2018 (Photos: Bert Savels)

Charlotte Gainsbourg n’a jamais caché l’angoisse qui la guette au moment de se produire en live. Une réaction d’autant plus étonnante quand on sait comment elle peut s’investir face caméra dans des rôles extrêmes (cf. Nymphomaniac de Lars von Trier en 2013). La veille de son concert au Cirque Royal en mai 2012, elle nous avait même lâché le mot « torture » pour exprimer ce qu’elle ressentait au moment d’affronter le public. Ce soir-là, elle s’était effacée sur le côté de la scène, installée sur un tabouret de bar pour interpréter les chansons organiques d’ »IRM » et de « Stage Whisper ».

Ombres et néons

Six ans plus tard, c’est derrière un piano électrique que Charlotte Gainsbourg, 46 ans, se présente à son public en ouverture des Nuits Botanique pour défendre son dernier album Rest. Un public qui vient voir une icône de la pop culture, plus qu’une grande interprète. Inspirée en droite ligne de la tournée Isolar de Bowie (immortalisée sur le live « Stage ») et des grands joutes obscures de la cold-wave (de Bauhaus à The Cure en passant par The Birthday Party), la scénographie se base sur un jeu d’ombres et de lumières crues distillées par des néons formant des cadres. Les rares fois où elle quitte son clavier, Charlotte vient coller sa silhouette derrière ces structures. C’est tout juste si on la voit. C’est tout juste si on l’entend.

Photo: Bert Savels

Electro à gogo

Musicalement, le set s’appuie essentiellement sur le répertoire et les ambiances électro de Rest. Les quelques chansons extraites de son back-catalogue seront, elles aussi, remises à la sauce dancefloor avec plus ou moins de réussite. Histoire de nous plonger directement dans ces ambiances synthétiques, c’est, du reste, un beat lourd et glaçant qui introduit le concert avec Lying With You. La voix de Charlotte est souvent doublée, les musiciens sont tous excellents, la setlist est parfaitement construite mais il y a beaucoup de poudre aux yeux (le batteur qui quitte ses fûts alors qu’on entend toujours des percussions, le musicien qui bidouille debout ses machines superposées sur une étagère alors qu’un simple laptop suffit désormais). Ring-Ring o’Roses, I’m a lie et Songbird in a cage (que lui a écrite Paul McCartney) passent comme sur du velours et ces versions live mettent particulièrement en valeur les nuances du disque.

Photo: Bert Savels

Kate et Charlotte

Dans la salle, le public écoute religieusement et se met enfin à bouger sur Deadly Valentine, dont la relecture live nous renvoie aux grandes heures de Giorgio Moroder. Le charme opère indéniablement et l’émotion est à son comble lorsque Charlotte susurre la première strophe de Kate, hommage bouleversant à sa demi-sœur disparue le 11 décembre 2013. Elle enchaîne sous les applaudissements avec Charlotte For Ever, tiré de son premier album paru en 1986. « Kate et Charlotte associées chaque soir devant vous, ça signifie beaucoup pour moi », lâche-t-elle simplement. Bien dit, bien vu. Après un Heaven Can Wait expédié, elle termine son concert comme se termine l’album « Rest » : avec par Les Oxalis. Soixante minutes. Pfff. Restent encore une très belle reprise de Kanye West (Runaway) et un Lemon Incest que tout le monde espérait secrètement. « L’amour que nous ne ferons jamais ensemble est le plus beau, le plus rare, le plus pur, le plus enivrant ». Grosse ovation. Une icône on vous disait… Bon, on va se faire lyncher, mais nous, on reste un peu sur notre faim.

Charlotte Gainsbourg ©Bert Savels

 

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