Oleanna de David Mamet au théâtre avec Charlotte Gainsbourg

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Reportage TV diffusé au journal de 20h sur France 2 : Charlotte Gainsbourg s’apprête à monter pour la première fois sur une scène de théâtre. Elle répéte, à la Gaité-Montparnasse, « OLEANNA », une pièce de David Mamet mise en scène et interprétée par Maurice Benichou.

CRITIQUES

oleanna-gainsbourg-benichouCritique / Frédéric Ferney (Le Figaro)

« La scène se passe dans le bureau d’un professeur d’université. John, qui enseigne l’éducation, est pontifiant, libéral, compréhensif. En face de lui est assise Carol, une étu­diante inquiète, timide, rebelle. Au début, John reçoit Carol un peu distraitement : ce n’est pas sa disciple la plus brillante ; il est surtout préoccupé par l’achat de sa nouvelle maison et s’interrompt sans cesse pour ré­pondre au téléphone à sa femme.

Au fil de l’entretien, John, de plus en plus attendri par Carol, qui craint d’être collée à son examen, devient plus humain. Il prend le temps de rassurer l’étudiante, visiblement au bord de la crise de nerfs, et se pique de désarmer son hostilité. Le mandarin joue un peu les contestataires : il scie la branche sur laquelle il est assis, il s’amuse à allumer la mèche. Les exams ? Foutaises, mon petit ! Il se sait brillant, il est de mauvaise foi. On dirait Pierre Bourdieu.

Soudain, tout change. On apprend que Carol a porté plainte contre son professeur, accusé notamment de harcèlement sexuel ! Nous sommes bien en Amérique, celle – sectaire, puritaine, violente, hygiénique, obscène – de la prohibition et des ligues de vertu. Carol est-elle une détraquée ? Une ré­volutionnaire ? Une féministe ? Peu importe : John est victime d’une machination militante, abstraite, juridique, d’autant plus implacable qu’elle s’exerce en toute impunité démocratique, sans haine. Il a en face de lui une enragée, un garde rouge ignare et sans scrupules, qui l’humilie sereinement au nom d’un idéal de pureté.

Maurice Bénichou (John) est un comédien d’une précision et d’une virtuosité exception­nelles. Il y a dans son jeu une forme douce, presque imperceptible, de cabotinage, comme si le comédien était en permanence à l’écoute de son brio, de son intelligence, de sa drôlerie. C’est un moteur de Rolls-Royce peu soucieux de démontrer cette puissance qu’il contient, mais qu’il peut aussi libérer à la faveur d’accélérations d’une brutalité inouïe.

En face de lui, Charlotte Gainsbourg (Carol) manifeste une justesse immédiate, une tension qu’on perçoit d’autant mieux que l’ac­trice ne joue d’aucune fantaisie, d’aucun charme. Elle pourrait recevoir une chaise sur la tête que son tempo n’en serait pas altéré. Il y a en elle une énergie qui vaut toutes les grâces. Elle aussi se montre capable de vio­lences sans qu’elle semble forcer son talent. Pas la moindre goutte de sueur ! Avec ce spectacle qu’il a lui-même mis en scène, Maurice Bénichou nous fait une proposition théâtrale qui s’impose par sa netteté et sa conviction, dans une excellente adaptation de Pierre Laville. David Mamet est un extrémiste : il n’y a chez lui aucune différence entre la vérité et la paranoïa. Sa pièce est un coup de poing. On aimerait en rire, mais on en est incapable. C’est magistral et terrifiant. »

Critique / Marion Thébaud

À l’heure où les étudiants descendent dans la rue, cette pièce qui donne une réponse à leurs emportements tombe à point. Que veulent-ils ? Être écoutés. C’est exactement ce que demande Carol à son professeur. Elle est maladroite, convaincue de son incapacité, et demande de l’aide. Il jongle avec les paradoxes, s’amuse à brouiller les cartes, un rien condescendant, impatient de partir et d’acheter la maison de ses rêves.

Ce pourrait être une comédie sur le malaise des générations, c’est beaucoup plus féroce. Mamet en profite pour mettre en question le système éducatif et martèle l’idée que, dans un monde sans valeurs et sans fondements, l’homme et la femme sont réduits à une lutte sans merci. La pièce adaptée par Pierre Laville est assez terrifiante. Du moins elle a le mérite de provoquer notre perplexité. Sommes-nous arrivés à ce stade d’incompréhension et d’intolérance où tout dialogue est vain ? Lui va se voir condamner pour harcèlement sexuel. Elle se retrouve dans le rôle de la terroriste de service. Mais ce n’est pas ce qu’elle voulait. Elle est seule à tout jamais.

Charlotte Gainsbourg est une révélation. Elle est étonnante du début à la fin et met presque dans sa poche Maurice Bénichou, qui n’en est pas à son coup d’essai. C’est dire sa performance.

AFFICHE

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Aurélie M

Je tweet, je blog, je tumblr, je facebook, je Google+ sur Charlotte et Serge Gainsbourg. Je me souviens être tombée sous le charme de Charlotte dans l’Effrontée, de fil en aiguille, j’ai ensuite développé une passion pour la musique de Serge. Qui j’aime le plus des deux ? Je ne saurais dire.

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