Charlotte en couverture de Elle cette semaine

Charlotte Gainsbourg est en couverture de Elle cette semaine (édition du 23 mai 2009)

Des cris, de la violence, du sang, du sexe… Pour tourner le nouveau Lars von Trier, Charlotte Gainsbourg ne s’est pas ménagée. Une expérience extrême qui l’a laissée joyeuse et confiante. Rencontre sans fausse pudeur. Florence Trédez.

ELLE. Comment Lars von Trier vous a-t-il proposé ce rôle dans « Antichrist » ?
Charlotte Gainsbourg. J’étais tranquillement en vacances lorsqu’il m’a invitée au Danemark pour le rencontrer. Je ne pensais vraiment pas avoir le rôle après notre rendez-vous. On ne s’est pratiquement rien dit. Il m’a demandé si j’avais déjà eu des crises d’angoisse ou si j’éprouvais des peurs particulières, j’ai dit non. A toutes mes questions sur le scénario, il n’apportait aucune réponse. Je me suis sentie trop « normale » à côté de lui, très peu intéressante en fait. Je ne sais même pas s’il a vu mes films. Pourtant, deux semaines plus tard, il m’a demandé si j’acceptais de tourner.

ELLE. En lisant le scénario, vous n’avez pas été rebutée par le fait qu’il insère dans vos scènes d’amour avec Willem Dafoe des plans tournés par des acteurs de porno ?
C.G. Je savais qu’il fallait que je joue le jeu, et j’étais prête. Même plus que prête, ça me plaisait beaucoup. Lars avait vraiment besoin d’un abandon total de ma part concernant les scènes de nu. En retour, il m’a dit que je pouvais lui faire confiance, qu’il ne montrerait rien qui me ferait honte, dont je serais gênée. Au vu du résultat, je peux l’être mais, au moins, je sais ce que j’ai fait. J’ignore si, à un autre moment de ma vie, je serai volontaire pour faire la même chose car ça a pris des proportions énormes.

ELLE. C’est-à-dire ?
C.G. J’ai passé deux mois en autarcie complète en Allemagne, dans un coin de campagne paumé, à hurler, à faire des choses extrêmes. Le rôle de cette femme qui a perdu un enfant nécessitait un état de crise du début à la fin. Et j’étais prête à me donner complètement. C’était difficile, mais drôle aussi, de vivre couverte de sang et à moitié nue pendant deux mois. J’envoyais des Texto à ma mère et je lui décrivais de manière très crue mes journées. On arrivait à en rire beaucoup. L’après-midi, comme nous tournions peu à la fois, je rentrais dans ma chambre d’hôtel très aseptisée qui donnait sur un terrain de golf et je passais la soirée solitaire, c’était assez étrange.

ELLE. Vous n’étiez pas réticente à l’idée de vous montrer nue ? On vous imaginait plus pudique que ça…
C.G. Moi aussi ! Je pensais que j’étais hyperpudique, car j’ai toujours eu d’énormes problèmes avec ça. Mais, pour ce film, l’impudeur était déjà tellement présente dans les sentiments que, au bout d’un moment, je ne faisais plus attention à la nudité. C’était presque plus indécent d’être dans cet état de crise que de montrer mes fesses. Moi, du moment que je ne montre pas le haut, ça va. Les fesses, je m’en fous. Quant aux scènes d’amour, elles ne me gênaient pas plus que ça. J’avais en Willem Dafoe un partenaire adorable, très gentil, très rassurant.

ELLE. Vous avez fait quelques séances d’abdos pour être à la hauteur physiquement ?
C.G. Oui, mais j’aurais mieux fait de prendre quelques kilos. Lorsque je me vois dans le film, je ne me trouve pas du tout embellie. Je n’ai pas un corps de femme, mais un corps sans formes, trop maigre. Physiquement, je me déplais beaucoup.

ELLE. Vous ne vous êtes posé aucune limite par rapport au scénario ?
C.G. On alternait les scènes dramatiques, les scènes d’amour et les scènes gore. Ensuite, les acteurs de porno prenaient le relais pour faire nos doublures. Et c’est vrai que je ne savais pas trop où était ma limite. A un moment donné, Lars m’a demandé si je voulais bien être dans un plan où l’on voyait mon visage et le sexe de l’acteur porno au premier plan. J’ai dit oui, et je me suis retrouvée avec un acteur qui était très gentil, mais que je ne connaissais pas, et un plan qui durait longtemps. Ensuite, il voulait que je tourne une autre séquence où j’écrase le sexe de l’acteur avec une bûche… J’ai d’abord dit oui, puis plus ça allait, plus la gêne montait. Je suis finalement allée voir Lars pour lui dire que je ne pouvais pas le faire. Et il ne m’en a pas voulu du tout. Pendant une journée, je ne savais plus ce que je m’autorisais à faire et ce que je lui autorisais aussi.

ELLE. C’était angoissant ?
C.G. Pas angoissant, mais pas très agréable non plus de ne plus être au clair avec soi-même.

ELLE. Ceux qui ont eu le privilège de voir le film disent déjà qu’on ne vous a jamais vue d’une telle sauvagerie…
C.G. Je me suis lâchée. C’était très agréable de ne pas se mettre de barrières. J’avais constamment peur de ne pas y arriver, mais lorsque le tournage s’est terminé, j’ai ressenti un manque. C’est comme si on vous autorisait à être déprimée, hystérique pendant deux mois. J’ai trouvé très libérateur de passer son temps à hurler dans la forêt.

ELLE. Vous ne vous êtes jamais identifiée au personnage ?
C.G. Je me suis totalement refusée à penser à mes propres enfants, à me servir de ma vie pour nourrir mon rôle. Pour la première fois, j’ai uniquement pensé au personnage. De toute façon, la situation était trop extrême pour que je puisse m’identifier au personnage.

ELLE. Quel est votre point de vue sur le film en tant que spectatrice ?
C.G. Je n’arrive pas à en avoir un, je n’ai pas assez de recul. Mais je pense qu’il exprime sûrement un point de vue très tordu sur les femmes. La première fois que j’ai rencontré Lars, il m’a annoncé que sa mère lui avait dit que son père n’était pas son vrai père. Il était très accusateur envers elle. Il m’a parlé aussi de son divorce comme de la plus belle chose qui lui soit arrivé dans sa vie. Mais son cynisme m’amuse. J’ai une tendresse énorme pour lui, avec son côté clown et ses souffrances qui ne sont pas feintes du tout. Au début du tournage, il nous a dit qu’il ne savait pas s’il allait tenir le coup, on avait presque envie de le protéger.

ELLE. En général, croyez-vous que les rôles que vous interprétez puissent avoir une fonction thérapeutique ?
C.G. Non. Pour moi, la thérapie, c’est d’accepter ce que je fais et d’arriver à me supporter. De toute façon, je trouve qu’il y a un aspect vicieux dans le cinéma. Heureusement que je n’enchaîne pas les films, car j’ai parfois du mal à allier le côté passablement nombriliste de mon métier et le retour à la vie normale. D’abord, il y a le tournage où l’on est concentré sur un scénario, un personnage, et plus rien d’autre n’existe. Ensuite, la période de promotion, pendant laquelle on ne fait que parler de soi. Bien sûr, j’ai du plaisir à faire des photos et des interviews, mais je trouve que ce n’est pas une gymnastique évidente de passer du tournage à la promotion.
ELLE. Pour vous, c’est toujours difficile de concilier la vie de famille et les tournages ?
C.G. Oui. En même temps, pour ce film, j’aurais eu beaucoup de mal à retrouver une vie normale tous les soirs. J’avais besoin de week-ends pour rentrer à Paris, mais c’est Yvan (Attal, ndlr) qui a fait tout le boulot pendant cette période-là. Prochainement, je pars en Australie pour un film de Julie Bertucelli, et j’aimerais bien emmener mes enfants. Je ne peux pas vivre sans eux. Eux, ça va, mais moi, ma limite, c’est deux semaines. Sinon, je craque.

ELLE. Comprennent-ils en quoi consiste votre métier ?
C.G. Concernant ce tournage, je ne me suis pas trop étendue sur ce que Maman y faisait [rires]. Mais ils sont venus sur d’autres films, ils comprennent ce que je fais, même si j’ai peur que, à leurs yeux, notre métier ne paraisse facile. Et c’est vrai qu’il l’est : on a la bonne vie, on a beaucoup de chance. Mais on n’utilise pas assez le terme « travail ». Moi, j’aime bien la notion d’effort.

ELLE. Vos parents vous donnaient-ils l’impression de faire des efforts ?
C.G. Non, car ils ne travaillaient jamais… Quand on était petites, ma mère avait peu de tournages et mon père s’y mettait toujours à la dernière minute. Et ils étaient en boîte de nuit tous les soirs.
ELLE. Vos enfants vivent-ils bien votre célébrité ?
C.G. Je crois que ce n’est pas forcément la chose la plus évidente pour eux. Lorsque j’étais enfant, je n’ai pas eu l’impression qu’être célèbre c’était anormal, car mes parents le vivaient d’une manière plus naturelle que moi, qui fais semblant d’être détendue avec ça. Ils ne se posaient pas de questions, ils nous montraient aux photographes, ils nous faisaient signer le livre d’or dans les restaurants, ils étaient hyper fiers. Nous, quand on voit un photographe, on cache les enfants, ce qui est normal. Mais peut-être qu’ils ne comprennent pas toujours bien pourquoi on le fait…

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Aurélie M

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