Charlotte Gainsbourg, artiste en liberté (Sud Ouest)

Par Stéphane c. Jonathan, Sud Ouest, Lundi 30 Novembre 2009

INTERVIEW. Son troisième album, écrit, composé et réalisé par le musicien américain Beck, paraît lundi prochain. Confidences d’une artiste rare

On se souvient tous de son entrée fracassante dans le monde de la chanson. Sur l’album « Love on the Beat », elle susurrait en duo avec son père le licencieux « Lemon Incest », sur un air piqué à Frédéric Chopin. C’était en 1984, deux ans avant son premier album, « Charlotte for Ever », toujours sous la plume de son génial géniteur.

Il aura ensuite fallu vingt ans, une éternité, pour que Charlotte Gainsbourg revienne à la chanson, avec « 5 : 55 », un album électro-pop anglophone, construit pour elle par le duo versaillais Air et le producteur de Radiohead.

Lundi prochain, elle sera de nouveau dans les bacs, avec « IRM » (référence directe à son opération d’urgence en 2007, à la suite d’une hémorragie cérébrale). Un album pop chic et racé, composé et produit par le musicien américain Beck. Deux jours plus tard, la comédienne Charlotte Gainsbourg, récompensée au dernier Festival de Cannes par le prix d’interprétation féminine pour « Antichrist », de Lars von Trier, sera de retour sur les écrans dans « Persécution », de Patrice Chéreau, avec Romain Duris et Jean-Hugues Anglade comme partenaires masculins.

« Sud Ouest »: Dans quel état d’esprit étiez-vous au moment d’attaquer ce nouvel album ?
Charlotte Gainsbourg. Je sortais d’un accident de santé à la suite duquel j’ai passé huit mois à ne rien faire d’autre que m’inquiéter de ma santé. Ça a été une vraie respiration de pouvoir enfin m’impliquer de nouveau dans mon travail.

Tout s’est fait à Los Angeles, donc loin de chez moi, dans des ambiances très éloignées de ce que je connais. Si cela a pu être bénéfique, l’éloignement n’était pas forcément facile parce que Los Angeles est une ville vraiment étrange, un peu aliénante.

En choisissant Beck, saviez-vous exactement ce que vous cherchiez ?
Non, je ne savais pas où j’allais. J’avais envie d’une nouvelle expérience en musique, sans idée préconçue du style ou du son que je cherchais. Mais je savais que Beck pourrait explorer avec moi une grande variété de choses. Je voulais m’amuser à ça, de façon expérimentale. Je savais aussi qu’il avait envie de travailler avec moi, et moi avec lui. On a d’abord décidé d’une séance de cinq jours pour apprendre à se connaître et voir si on parviendrait à travailler ensemble. Il en est sorti trois chansons, qui sont toutes sur l’album. À la suite de quoi je lui ai proposé de faire le disque en entier avec moi.

Votre seule certitude de départ était de chanter à nouveau en anglais ?
Ça, oui. C’était déjà une idée certaine pour le disque précédent. En chantant en anglais, je suis loin de moi, je ne me reconnais pas forcément, et c’est ce qui me plaît. Les textes me ressemblent beaucoup, mais j’ai une autre voix en anglais.

L’anglais, c’est aussi une échappatoire pour moi, pour m’affranchir de mon histoire. Si je chante en français, les références me concernant sont tellement lourdes que je perds beaucoup du plaisir que me procure la musique. En anglais, ce plaisir reste entier.

C’est une forme d’émancipation par rapport à votre patronyme ?
Oui, exactement. Si je chante des textes en français, je fais sans arrêt référence à mon père. C’est presque impossible pour moi d’échapper à ça. Or j’ai absolument besoin de faire quelque chose qui n’appartienne qu’à moi.

Beck me poussait sans cesse à utiliser ma langue maternelle. C’est d’ailleurs lui qui a trouvé la seule chanson en français de l’album, « Le Chat du café des artistes », qui est une chanson canadienne des années 70. Dès qu’il entendait un mot en français, ça lui plaisait mille fois plus. Il semblait me pousser à revendiquer mes origines, alors que je voulais m’approprier sa culture à lui, son écriture très américaine.

De quelle façon vous êtes-vous impliquée dans la composition des chansons ?
On partait d’un rythme qu’il jouait à la batterie ou avec de petites percussions. Je choisissais ce que j’aimais et, à partir de là, il improvisait en jouant de tous les instruments.

De mon côté, je grattais des mots dont certains sont devenus des titres, ou l’ont guidé dans l’écriture des paroles. J’ai aussi apporté des éléments comme le son de l’IRM, auquel je tenais beaucoup, une comptine anglaise devenue la chanson « Greenwhich Mean Time », des vers d’Apollinaire, un morceau de piano… Si je n’ai écrit aucune chanson en entier, j’espère l’avoir suffisamment inspiré pour qu’il pioche en moi l’essentiel du disque.

Vous allez pour la première fois donner des concerts. Comment vous y préparez-vous ?

Je ne sais pas encore trop comment ça va se passer. Mais Beck a mis en place un groupe de musiciens. Il est très, très rassurant pour moi de savoir qu’il est encore derrière moi pour me soutenir.

J’ai beaucoup parlé de la scène avec ma mère (Jane Birkin), qui a une expérience énorme des concerts. Elle comprend exactement où je me trouve en ce moment, à avoir un trac fou. Elle ne fait que me pousser à monter sur scène, parce qu’elle sait le plaisir incomparable que cela procure.

C’est très motivant pour moi, même si, n’étant qu’interprète et sans instrument devant moi, je me sens forcément dans l’imposture.

Avez-vous le film « Gainsbourg, vie héroïque », de Joann Sfar, qui sort le 20 janvier 2010 ?

Non, pas encore. Je ne veux pas être mauvaise par rapport à ce film, dont on m’a d’ailleurs dit qu’il était très réussi. Mais ça ne va pas être évident de voir la vie de mes parents sur grand écran. Et si ce doit être une épreuve pour moi, je n’ai pas envie de l’affronter pour l’instant. Je ne vais pas me précipiter. Je le verrai quand je me sentirai prête pour ça.

« IRM », de Charlotte Gainsbourg. 1 CD (Because Music). Sortie lundi 7 décembre.

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Aurélie M

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