Charlotte Gainsbourg: Le luxe du nom (Voir.ca)

De OLIVIER ROBILLARD LAVEAUX, Voir.ca, 1er décembre 2011

Charlotte Gainsbourg lance cette semaine Stage Whisper, un album double incluant un disque enregistré en concert ainsi que sept pièces inédites produites par Beck, Noah & the Whale, The Villagers et Connan Mockasin.

Vous aviez refusé à l’époque d’interpréter sur scène les pièces de votre premier album, 5:55. Vous voilà au coeur d’un disque en spectacle. Comment expliquer cette volte-face?
Charlotte Gainsbourg: « J’ai pas osé faire de concerts à l’époque de 5:55. On avait pourtant monté un groupe et fait quelques répétitions, mais je n’ai pas aimé. Je n’étais pas assez sûre de moi, j’avais trop peur. Puisque j’avais vécu un échec la fois précédente, je me suis dit que je donnerais des concerts pour mon second disque, IRM. Ma mère et Beck (réalisateur d’IRM) m’ont d’ailleurs grandement encouragée. En fait, au moment de sa création, IRM fut pensé en fonction du live. Selon Beck, nous avions besoin de chansons plus rythmées pour assurer de bons concerts, d’où la naissance d’une pièce comme Trick Pony. Ça m’a permis d’entrevoir la scène pour ne pas me dégonfler le moment venu. »

Qu’avez-vous eu à travailler pour mieux affronter la scène?
« Ma timidité. C’était contre nature pour moi de présenter les chansons sur scène. J’ai eu à lutter contre mon envie constante de me cacher. Je me souviens du concert à Montréal. J’avais de la difficulté à parler avec la foule. Juste regarder la foule m’intimidait. Mais je me suis améliorée au fil de la tournée et j’espère être meilleure la prochaine fois. J’y vais par étapes. »

Y a-t-il des chanteuses dont vous aimeriez vous inspirer pour améliorer vos performances scéniques?
« Oui, mais je ne lui arrive pas à la cheville: Patti Smith. »

Vous avez travaillé avec Air, Beck, Noah & the Whale, The Villagers. Aucune faute de goût. Que cherchez-vous chez vos collaborateurs?
« Je veux travailler avec des créateurs qui ont leur propre univers. Être séduite et attirée par leur musique, par ce qu’ils créent pour eux avant toute chose. Sinon, c’est comme pour le cinéma; c’est difficile pour moi de dire pourquoi j’aime un scénario. Chose certaine, j’aime pas les chansons joyeuses. C’est pour ça que l’album des Villagers m’a complètement envahie. J’ai écouté que ça pendant des semaines. »

Avec quel artiste rêvez-vous de collaborer?
« Radiohead. Je les ai déjà approchés. Je ne sais pas encore si ça fonctionnera. Je l’espère. »

Avez-vous l’impression que le nom Gainsbourg peut vous ouvrir n’importe quelle porte du milieu musical?
« Peut-être. Je pense que même si Beck m’a dit avoir aimé 5:55 avant de produire IRM, mon père a joué aussi. Pareil pour Air. Ils aimaient ma personnalité, mais il y avait mon père quand même. Après, par contre, il faut faire ses preuves. Mais c’est comme dans le monde du cinéma. On m’a d’abord ouvert les portes à cause de mes parents, après il faut faire le film. »

À force de collaborer à gauche et à droite, n’avez-vous pas l’impression d’être un pantin que se prêtent les musiciens?
« Vous savez, en tant qu’actrice, j’adore être un pantin, j’adore être dirigée. Pour être comédien, il faut savoir se mettre au service d’un metteur en scène. Mais en musique, je suis plus en contrôle. J’accepte chaque morceau parce que c’est moi qui devrai les défendre. À l’époque, mon père me dirigeait et me disait comment chanter. Mon père était un chef d’orchestre qui considérait la voix comme un instrument. Mais aujourd’hui, je suis plus libre de chanter comme je l’entends. Beck me laisse faire. Il me permet de chanter à ma manière, selon ma tonalité, et ainsi de m’approprier ses mélodies. »

Souhaitez-vous apprendre auprès de bons réalisateurs pour éventuellement produire votre propre disque solo?
« Non, je n’ai pas l’ambition de réaliser un disque moi-même. Pour l’instant, j’aime collaborer avec des gens. Lorsque je joue un rôle au cinéma, je me sens très solitaire. Avec la musique, c’est tout le contraire. J’ai l’impression de pouvoir parler de choses très personnelles, mais avec quelqu’un d’autre. C’est un luxe de pouvoir collaborer avec des musiciens inspirants, je n’ai surtout pas envie de m’en priver. »

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Aurélie M

Je tweet, je blog, je tumblr, je facebook, je Google+ sur Charlotte et Serge Gainsbourg. Je me souviens être tombée sous le charme de Charlotte dans l’Effrontée, de fil en aiguille, j’ai ensuite développé une passion pour la musique de Serge. Qui j’aime le plus des deux ? Je ne saurais dire.

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