Interview IRM: Charlotte et Beck au Café des artistes (Cyberpresse.ca)

Par Alain Brunet, Cyberpresse.ca

C’est en avril 2008 que Charlotte et Beck, son réalisateur, auteur et compositeur, ont décidé de travailler ensemble. D’entrée de jeu, Beck s’était enquis de ce dont elle avait envie. «Ça m’a déstabilisée parce qu’il est capable de tout, il peut se fondre si rapidement dans toutes les musiques! Alors je n’avais pas envie de fermer la porte à quoi que ce soit.»
Photo: Paul Jasmin, collaboration spéciale

Pour son nouvel album de 13 chansons, Charlotte Gainsbourg a bossé avec un certain Beck Hansen. Le célèbre Californien a composé la quasi-totalité d’IRM, sauf une reprise… de Jean-Pierre Ferland!

Charlotte Gainsbourg parle avec calme et courtoisie d’IRM, titre de son album et aussi l’acronyme de l’expression médicale «imagerie par résonance magnétique», traitement auquel elle a dû se soumettre à la suite d’un accident de ski nautique.

Aucune friture sur la ligne. Aucune interférence ne polluera ce dialogue de 20 minutes pile-poil. Vu la courte durée de l’entretien, il n’y sera question que de musique.

Cette reprise annoncée du Chat du café des artistes – que certains considèrent comme la plus grande chanson de Jean-Pierre Ferland – titille déjà la curiosité des Québécois. Ce sera le premier sujet abordé.

«C’est Beck qui connaissait, je ne peux me vanter malheureusement d’avoir apporté ça moi-même, révèle la chanteuse, qui mène depuis son enfance une brillante carrière d’actrice. Je connais un peu la musique québécoise, mais c’est très loin de ma culture franco-française. Je ne connaissais pas Jean-Pierre Ferland, j’ai découvert un petit peu depuis. Je suis allée regarder un petit peu sur le Net.»

«Je trouve ça génial que ce soit venu de Beck alors que c’était moi la Française», ajoute-t-elle en échappant un rire contagieux.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Beck avait en sa possession l’album Jaune, grand classique de Jean-Pierre Ferland. Mais où l’avait-il trouvé? L’hypothèse la plus plausible est la suivante: pour les remixes de Jaune lancés par GSI Musique en 2005, le directeur artistique du projet avait envoyé l’album originel (vinyle et CD) à Beck, un peu comme on lance une bouteille à la mer. Il n’a jamais obtenu de réponse, mais on en déduit que Jaune a fait son chemin entre les oreilles du surdoué Californien.

Pour Le chat, Charlotte Gainsbourg confie avoir eu un doute au départ. «C’était une chanson tellement particulière, j’avais du mal à m’imaginer l’interpréter. C’est un morceau incroyable mais… de là à m’approprier ces mots-là, à parler de moi en tant qu’artiste, je trouvais ça délicat. Puis, j’ai trouvé qu’il y avait un tel humour dans ces paroles – moi je l’ai pris comme ça en tout cas – que j’ai dépassé cette surprise. Les arrangements, le décalage entre ces voix innocentes d’enfants et les mots qu’ils ont à dire! Et sa voix à lui (Ferland), l’orchestration… On dirait un film de James Bond! J’ai rarement entendu un morceau aussi étonnant. Ensuite, je n’avais qu’une envie: essayer de le faire.»

Charlotte Gainsbourg n’y pensait probablement pas en le disant, mais il faut rappeler que les musiques de James Bond ont surtout été composées par John Barry… qui fut déjà marié à maman Jane Birkin avant que cette dernière ne rencontre son «Sège».

Partir du rythme

Charlotte a d’abord rencontré Beck, son réalisateur, auteur, compositeur, au moment où le producteur de Radiohead, Nigel Godrich, travaillait sur son précédent album, 5:55. «Par la suite, j’ai eu envie de travailler avec Beck, mais il fallait que la collaboration soit possible, il fallait qu’il y ait une bonne communication entre nous. Je ne voulais pas qu’il fasse un album de son côté, qu’il me l’envoie tout fait, et que je n’aie qu’à poser les voix. J’avais envie de faire partie du projet, de me l’approprier.»

En avril 2008, Charlotte et Beck ont finalement décidé de travailler ensemble. «Après, on s’est vus assez régulièrement. C’était toujours à Los Angeles. Pour moi, c’était loin, je devais m’organiser par rapport à mes enfants, ce n’était pas facile.»

D’entrée de jeu, Beck s’était enquis de ce dont elle avait envie. «Ça m’a déstabilisée parce qu’il est capable de tout, il peut se fondre si rapidement dans toutes les musiques! Alors je n’avais pas envie de fermer la porte à quoi que ce soit

Beck a alors entrepris de tout composer. «Je n’ai écrit aucune musique, mais j’étais là au démarrage de chaque titre, précise Charlotte. C’était impressionnant de voir comment il amorçait la création d’une chanson. Je ne sais pas si c’est toujours sa méthode de travail, mais ce fut comme ça avec moi: partir d’un rythme de batterie et, petit à petit, ajouter les instruments les uns après les autres, puis les paroles…»

Faire autant partie du processus de création sonore, c’était du neuf pour Charlotte. «Pour la création de 5:55, les deux gars d’Air (qui ont joué un grand rôle dans la composition des musiques de l’album) formaient un groupe à part entière. J’étais extérieure à leur dialogue musical, à leur état d’esprit, à leur création. Alors qu’avec Beck, j’avais l’impression de faire partie de son dialogue. Ça, c’était génial.»

«Chaque fois que je me mettais derrière le micro, ça lui plaisait. J’avais l’impression qu’il me mettait en valeur et qu’il avait envie que j’en fasse le plus possible. J’étais souvent inhibée, mal à l’aise… Mais voilà, tout était bienvenu! Cette bienveillance et cette grande générosité ont éveillé chez moi une excitation à tout essayer.»

«On a même fait un rap! C’était très mauvais, mais ce fut très marrant à faire. Ça fait partie des rejets-poubelles (rires).»

En plus des 13 titres réunis sur l’album, Beck et Charlotte en ont créé deux autres «qui peuvent servir» et «une dizaine d’autres qui ne sont pas vraiment aboutis».

Outre Le chat du café des artistes, d’autres titres en français? «Il y a The Collector où on trouve des mots français et Voyage au bout de la nuit. Beck avait tout écrit et me demandait de traduire des idées qu’il avait eues. Il avait entendu parler de Céline, mais je ne sais pas s’il a lu le roman.»

On imagine la fille de Gainsbarre et de Jane Birkin très à l’aise dans l’univers de la musique indie. Pour faire appel à Air, Jarvis Cocker, Nigel Godrich ou Beck, il faut manifester une connaissance certaine, non? Rien n’est moins sûr, rétorque-t-elle poliment. «Pour moi, ce n’est pas forcément légitime alors qu’aux yeux des autres, ça paraît être un bagage évident. S’il m’arrive d’avoir le complexe de l’imposteur? Oui, complètement!»

Cette difficulté, Beck l’a comprise tout de suite. «Beck aime la musique de mon père, il sait d’où je viens. C’était un peu sous-entendu, on n’a pas eu besoin d’en parler. Vu que c’est quelqu’un de très intelligent, il a saisi ma difficulté de faire de la musique. Il fut très délicat. Il a su me mettre à l’aise pour faire sortir le maximum.»

Bientôt sur scène, Charlotte Gainsbourg et le contenu d’IRM? Pas trop de pression SVP! «Je veux pouvoir y trouver du plaisir. Si ça ne marche pas, ça ne marche pas. Vous savez, je n’ai pas tourné avec l’album précédent, j’ai fait partie de quatre concerts du groupe Air. Et ce fut cauchemardesque! Je n’y faisais que deux titres, j’avais un trac terrible et puis… au moment où le trac était en voie de partir, c’était fini!»

Cette fois, cependant…

……….

Chantés ailleurs

Les auteurs et compositeurs du Québec sont rarement interprétés par les cousins européens. Outre Luc Plamondon et ses nombreux chanteurs de variété française, Claude Léveillée a été chanté par Édith Piaf (Les vieux pianos) et Richard Desjardins par Francis Cabrel (Quand j’aime une fois j’aime pour toujours). Avant d’être repris par Beck et Charlotte, Jean-Pierre Ferland l’avait été par Nana Mouskouri (Je reviens chez nous) et Stephan Eicher (Si on s’y mettait). D’autres exemples existent, mais l’intérêt que portent les interprètes francophones d’Europe à la chanson québécoise de qualité reste minime.

EN UN MOT

Actrice réputée et respectée, la fille de feu Gainsbarre et de Jane Birkin connaît une année faste avec un rôle applaudi dans Antéchrist de Lars Von Trier et un nouvel album créé et réalisé par Beck.

L’ALBUM

IRM, nouvel album de Charlotte Gainsbourg sur étiquette Because Musique, sera lancé officiellement au Canada le mardi 8 décembre.

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Aurélie M

Je tweet, je blog, je tumblr, je facebook, je Google+ sur Charlotte et Serge Gainsbourg. Je me souviens être tombée sous le charme de Charlotte dans l’Effrontée, de fil en aiguille, j’ai ensuite développé une passion pour la musique de Serge. Qui j’aime le plus des deux ? Je ne saurais dire.

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